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Le jour J

Alors, mes amis, le jour J est arrivé, contre toute attente.

Le travail a fini paisiblement il y a un mois, avec la dernière semaine ponctuée de merveilleux soupers faits par la famille de Sigurd et par mes collègues. Ensuite il y a eu la vente de garage, les boîtes, l’Armée du Salut qui a hérité de deux gros sacs de jolis vêtements, puis l’avion pour Montréal.

Montréal a été une expérience renversante étant donné que je me suis absentée pendant deux ans, et que je me suis absentée en Norvège. Dans l’avion d’Air Canada Londres – Montréal, bien gavée de vin d’avion, j’ai entendu l’hôtesse de l’air dire que nos affaires doivent aller dans les “over’ead bine” et j’ai souri a grandes dents en voyant les lumières de Montréal s’approcher rapidement de moi. Les boulevards! les autoroutes! les centres d’achats laids! OUI j’aime ça.

La première chose que j’ai faite à Montréal était d’aller à l’épicerie. Ma mère a du rire de moi pendant toute l’heure et demie qu’on était là – je dansais, exhaltée, avec des cannes de maïs en crème dans les mains, la laitue romaine, les Vector, les bagels, le fromage Petit Québec, la boîte de cretons, et toutes ces petites choses que j’ai trouvée dans cet océan de choix qu’était le Maxi, avec son plafond haut comme le ciel et ses vingt allées interminables. J’ai éprouvé une stupide mais réelle sensation de liberté, qu’on me laisse choisir ce que je veux manger ce soir, et qu’on ne me punisse pas par centaines de dollars pour avoir faim.

Ma mère a profité de mon enthousiasme pour manger plein de nourriture maison que j’étais heureuse de faire, notamment un fantastique gros vrai pâté chinois.

J’ai passé les premiers jours à m’emerveiller devant tout ce que j’avais oublié des rues de Montréal, mais surtout de la simplicité vulnérable et humaine des gens qui m’entouraient. J’aime le Québec et les québecois. J’aime entendre l’espagnol, j’aime que tout le monde soit gay, j’aime voir les différentes couleurs, les punks, les Avril Lavigne, les gars qui sortent de chez La Cordée…

J’aime marcher dans la slush, j’aime les lumières de Noel partout, les gens qui grattent leurs chars et les cents endroits pour déjeuner. J’ai rencontré mes amis, c’était comme si je n’étais jamais partie, et je me suis encore laissée fasciner par ses personnalités improbables, intéressantes, drôles, créatives et pleines d’amour. Ah!

Il y a deux jours je suis revenue ici a Trondheim, mais cette fois sans la rancoeur habituelle – seulement pour deux jours. J’ai pardonné à la Norvège mon incompatibilité avec elle. Sigurd et moi avons fait nos sacs hier et nous avons tout vidé et tout lavé aujourd’hui, pour la troisième fois depuis qu’on vit ici. Cette fois nous n’avons presque rien gardé, et je suis assise dans un appartement scintillant qui résonne de vide. Dans le coin, nos deux sacs à dos seulement – voici le mien. Je suis fière et surprise que tout ce que j’avais envie d’amener entre dans ce truc de 44 litres, incluant un sac de couchage, un tapis de sol et une moitié de tente.

Demain nous serons à Paris, ou François, Camille et Alex ont décidé de nous rejoindre à la dernière minute. La journée s’annonce fantastique, et elle finira sur notre grand voilier la nuit prochaine. Seulement une trentaine d’heures nous séparent donc de notre grand départ vers l’océan, et vers le monde. Wow! C’est le jour J mes amis.

Voici donc le contenu de mes bagages.

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Voyage d’affaires final – Røst. t = départ – 7 jours

La semaine prochaine je vais à Montréal, ma dernière journée de travail est vendredi, le temps s’est mis à aller vraiment vite, et je me suis dit que je devrais bien faire la finale de la Norvège en relâchant à l’air libre les photos de mon voyage d’affaires final dans les Lofoten, avec cette fois des photos de Røst.
Le tour d’hélicoptère – deuxième fois est coutume, et j’étais aussi blasée cette fois que les autres passagers blasés. Génial.
La nouvelle version de Wordpress ne désirant pas afficher mes photos correctement, je me resous à la galerie pour cette fois ci.

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Sinon, c’est par ici le temps des adieux, j’ai eu une magnifique petite fête pour mon départ au travail, avec des mots gentils, des cadeaux et beaucoup trop d’alcool. Mes deux belles collègues nous invitent à chacune un souper fantastique cette semaine, des aurevoirs chez Sigurd à Molde fûrent exécutés la fin de semaine dernière, et les filles de Save the Children m’ont entourée de questions hier lors de notre dernière rencontre commune. Je découvre seulement après coup que les gens que je croyais complètement ou partiellement indifférents à moi sont en fait concernés par mon départ, j’imagine que c’est l’esprit norvégien de jamais vraiment savoir ce que les gens pensent vraiment de nous. Au travail, par exemple, je pensais être simplement une freak bizarre qui dit n’importe quoi et qui a pas rapport, et j’étais époustouflée de voir tous mes collègues (même ceux venus d’Oslo) prendre toute une soirée pour me dire au revoir. Je fus vraiment touchée et plus heureuse qu’avant, et peut-être plus réticente à partir pour ne plus jamais revenir.
Peut être que je reviendrai, quand je serai prête à apprécier le calme et l’harmonie de cet endroit. Il reste que je n’ai heureusement presque pas d’amis à laisser ici le 20 décembre étant donné qu’Alex vient avec nous traverser l’Atlantique, alors ce départ n’a rien à voir avec ce que j’ai du vivre en partant de Montréal.

J’ai vendu toutes mes choses de valeur, visité la Suède avec notre ami couchsurfer de Svalbard (la Suède, c’est tellement cute que ça fait mal), et mis tous mes vêtements dans deux sacs de poubelle.
Il fait noir et froid ici, et on vide l’appartement. Devant moi – un grand vide, juste du temps, soudain du temps. Les jours comptés depuis 400 jusqu’à 7, aujourd’hui, ont accéléré follement depuis deux semaines. Tout finit doucement et je me sens enfin glisser du trou de la bouteille vers le soleil, l’océan, l’air et les gens.
Je réalise pas vraiment que mon quotidien sera si bientôt complètement différent, car je suis toujours au bureau, à la maison avec tous les meubles, à l’épicerie et sur mon vélo.

Mais je sais que ça vient.

Montréal donc du 25 novembre au 15 décembre – au programme, voir ma mère, voir mes amis, m’abreuver de café Van Houtte et m’empiffrer de bagels Saint-Viateur, me faire un nouveau passeport, faire semblant devant la RAMQ que le Québec et moi, c’est together forever, arranger mon assurance-voyage et acheter des petites choses à La Cordée.
J’espère que mes êtres chers ne m’ont pas oubliée malgré un gros manque de communication ces dernières années.

Houf.

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320 km en vélo de Bodø jusqu’à Mo i Rana

Un peu en retard je vais rendre ici mes condoléances à l’été si vite passé – en août nous avons fait un merveilleux tour de vélo à explorer l’ajourée côte Nord de la Norvège, de Bodø à Mo i Rana. Maison = tente, soupers = ragouts déshydratés, lunch = bleuets, transport = cuisse et bateau. À la même hauteur que les Lofoten, les montagnes ici sont aussi impressionnantes qu’aux îles en face, mais on n’en entend pas autant parler. Les mêmes plages blanches, l’air frais et les montagnes sans arbres percées par des tunnels de plusieurs kilomètres.

Mon propre vélo étant trop délicat pour transporter des charges lourdes, Alex m’a prêté son magnifique Surly que je mourais d’enjamber, et ce fut effectivement le grand amour pendant toute la fin de semaine! Le vendredi on avait un temps de chien et impossible de trouver une place ou mettre la tente le soir venu – toute la côte occupée par des chalets, tout le reste, complètement mouillé. Fatigués, nous trouvons une pancarte qui annonce des sculptures sur une montagne et concluons qu’ils mettraient pas des sculptures là ou c’est pas sec. Et qu’est ce que nous découvrons une fois face à la “sculpture”? Dans un moment de grâce divine, nous trouvons une maison de troll en bois et en terre, tapissée de feuilles sèches et de peux de rennes, garnie de bois de chauffage bien sec pour brûler à l’intérieur, un petit sac ziploc avec des alumettes, une petite cafetière et une grille pour préparer le repas sur le feu. À l’extérieur, une tente avec un sauna à bois, et le tout au bord d’un magnifique étang entouré de montagnes, parsemé de fleurs d’eau. L’installation est culturelle pour faire connaître aux gens le mode de vie des premières nations ici, y a pas un chat et c’est complètement gratuit. Il faut seulement écrire son expérience dans le petit livre déposé sur le lit de feuilles. C’est même pas une joke!

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La porte est bien déverouillée…

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L’intérieur est vraiment incroyable, ici la peau de bête et la cheminée, avec une chaîne pour accrocher une marmite au dessus du feu.

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Sigurd commence à préparer le repas à l’extérieur,

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mais il commence à nous pleuvoir dessus, alors nous allumons un beau feu à l’intérieur et regardons la bruine à l’extérieur ne pas nous déranger une seconde

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Après une nuit à faire comme les premières nations,  nous nous éveillons ici

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et déjeunons pendant que les nuages se dégagent

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nous commençons par une interminable côte sur la vieille autoroute fermée à la circulation pour cause de glissements de terrain, contournée par les automobilistes par un long tunnel à travers la montagne. Nous somme seuls sur un pavé qui, seulement vieux de deux ans, commence à se faire réclamer par la nature. Des trous énormes gisent là ou des parties de la route se sont écroulées au fond de la falaise, l’herbe perce  l’asphalte sous nos roues, de petits animaux dérangés par notre présence courent partout.

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Ça nous fait réfléchir à un monde soudainement dépourvu de ses humains. Quelques kilomètres plus loin on comprend pourquoi ils ont fermé l’autoroute

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Je suis fière d’être armée d’un redoutable cycliste gitan

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En arrivant au sommet de la montagne, la route arrête et un chemin de gravel prend la relève. Une vue de la vallée s’ouvre à nous

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C’est bon de rouler ici malgré le fort vent de face. On sent le pouvoir magique des grands espaces du nord.

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à chaque tournant de nouveaux sommets, et l’asphalte est pure soie

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Pendant que Trondheim sévit sous des quantités phénoménales d’eau, nous profitons de la lumière dans l’eau et dans l’air

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La route est coupée par plusieurs traversées en …traversier, et ça nous donne de petits repos ça et la dans la journée. À un arrêt de ferry, ça a l’air de ça

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Le soir nous décidons de partir à la chasse au poisson, car nous n’avons rien à manger et c’est le festival du poisson ici. Nous roulons un peu partout pour essayer de trouver un bon spot, mais rien nous semble convenable

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Nous aboutissons au bout du chemin dans la cour d’une vieille dame en train de recevoir de la famille dans son jardin et sommes sur le point de rebrousser chemin quand elle nous aborde avec sa voix de vieille dame. Nous lui demandons si elle connait un bon endroit pour attraper le souper, et elle nous invite immédiatement à essayer son quai. Impressionnés (cette hospitalité spontanée et impeccable des norvégiens du nord va me manquer!), nous descendons à travers son jardin

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Le petit quai nous offre bien sur une vue folle, autant autour qu’en dessous

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Sigurd s’élance et immédiatement un poisson. La chance du débutant? Deuxième tentative – un poisson. Troisième – un poisson. En cinq minutes on a pêché beaucoup plus que ce qu’on peut manger ce soir. On capote! À chaque fois qu’on lance, on voit une gang de sept-huit poissons nager après l’hameçon!!!

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L’hameçon magique

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Soleil de soirée vers dix heures

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Le lendemain matin le plus spectaculaire nous attend – classique paysage de côte nord

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et des centaines de petites îles toutes pointues sont habitées non loin d’ici

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Cette journée est pleine de bateau, de chemins sans trafic, de soleil et de côtes satisfaisantes bien sûr – un record personnel à 57 kmh (j’ai trop peur de plus…)

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Il fait bon d’arriver au terminal de ferry et manger une glace

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joli trajet

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et le soir nous embarquons sur un traversier qui va nous amener sur une Træna, une île à deux heures de bateau de la côte, habitée par seulement une couple de centaines de personnes, pour y passer la nuit. fiers de notre journée jusque là

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petites îles ça et là

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le ciel a été chez le coiffeur ce soir

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nous avons passé assez longtemps à rêver à ces îles aux formes impossibles après avoir vu quelques images sur le net. Quand même une forte impression alors qu’on les aperçoit enfin du bateau, exposées au vent et à l’océan à 150 km de la côte.

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Sur le bateau nous trouvons une clé magique que nous recommande le plongeur (que veut il nous dire?)

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Sur l’île, nous arrivons au bout de la centaine de mètres de pavé et trouvons une place pour passer la nuit – il vente, il vente, il vente. L’océan s’en gorge de beau gris. Tout ce vent et cette odeur de mer me donnent le goût d’être une mouette! Une petite église fait toute seule face aux falaises d’à côté.

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on fait un ptit tour pour trouver la meilleure place pour notre tente

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Tente vs Sigurd

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parfaît. froid. soufflé.

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on s’installe bien

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alors que le soleil nous quitte

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Le matin, elles ont une autre couleur

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quatrième et dernière journée, le vent dans le dos pour la première fois, nous filons vers le train parmi les mers turquoises

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et ce fut l’été.

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